Ce soir, je laisse la place à Bobby, qui nous fait partager sa soirée au Croisé
...
Salut,
hier j'avais donc rendez-vous avec un champion. Vers 18h00, le rayon de soleil qui
succède à l'averse finit de me convaincre. Après la pluie vient le beau temps. Et je vais m'en payer du bon temps, et à moindre frais, par la force des choses.
Faut dire que ça partait mal, carte bancaire illisible. Aller aux courtines sans
thune, c'est, comme on dit, aller au bordel sans biroute. Remarquez, on peut prendre du plaisir à jouer les voyeurs, surtout si on repère un bon coup sur lequel on se lâchera
sans retenu, les bourses pleines.
22 euros et 40 cents, voilà tout mon magot. Mais fini de mégoter, c'est l'heure, je
lâche les 5 € d'entrée, j'en garde 6, comme d'autres gardent une poire, pour la soif.
Il me reste donc 11€40 pour faire sauter la caisse. Je me sens dans la peau de ces types
qui braquent une banque avec les jouets de leur gosse, sauf que moi, en guise de kalachnikov en plastique, je me retrouve avec l'épée d'Arthur, pas celui le la table ronde, non l'autre, le
mini moï. Enfin, plus prosaïquement, j'ai l'air d'un con.
Mais joignons l'utile à l'agréable, direction le 'bouvette'. Première
bonne surprise, la bière est à 2€, en plus elle est fraîche et bonne (je laisse la mousse crémer ma moustache en pensant, par ordre d'apparition à Hypo, Gaspard, Slipy, Slipy
(toujours dans les bons coups çui là) et Nezguich, et à la 1664 tiède et hors de prix). J'avais tablé sur 2 bières à 3€, ça fait que je ''gagne'' 2€, soit une mise de base en
pmh. Le sang de Crésus coule dans mes veines.
C'est pas tout ça, mais pour avoir les idées claires il faut avoir la vessie vide. Direction la dame pipi.
- c'est 40 centimes, monsieur.
- oui, euh voilà.
- non, vous paierez en sortant.
- ah, euh d'accord.
Elle semble sure de son fait, de son boulot, d'elle quoi. Elle a raison, c'est rutilant,
ça sent le chimique et la fleur de toilette, celle là même qui vient Duchamps d'urinoir. J'ai l'impression d'être Neil Armstrong posant le pied sur la lune. Je voudrais que ce
moment dure, mais je suis coupé en deux de pisser. Pourtant j'hésite à marquer cette beauté virginale. Je suis atteint par la même émotion qui m'envahie quand, après m'être fait déposé par
hélico sur les plus hauts sommets, je balafre sans vergogne la neige immaculée. Derrière moi, on actionne la chasse d'eau en avalanche, un homme sort des toilettes.
Je serais Buzz Aldrin. Je me soulage, je suis soulagé
- 40 centimes, nous étions fait pour nous rencontrer chère
madame.
Je file vers la piste aux étoiles. Ou plutôt à l'étoile. Car même si la réunion est d'un
bon niveau et que cette fin d'après-midi ensoleillée est la promesse d'une nuit fraîche et étoilée, je suis venu pour n'en voir scintiller qu'une, celle de Ready Cash. Le voilà
justement qui passe comme pour me saluer et disparaît déjà dans le tournant. Le premier heat de Ready Cash en guise de maître étalon pour la soirée, c'est la classe
internationale.
En me rendant vers l'hippodrome, l'incrédulité qui m'avait fait douter de
la nécessité de me rendre à ce rendez-vous ne m'a pas lâché. Sera-t-il là? J'en arrivais même à me demander si se serait vraiment lui qui tapera le mâchefer ou son sosie? Vous
savez, comme quand est annoncée la venue dans le festival du coin, d'un artiste que vous aimez. Vous doutez jusqu'au dernier moment et même un peu plus parfois. C'est comme ça que
Bashung était venu chanter presque en dessous de mes fenêtres en août 2008. Inoubliable.
Je déambule. Je fais quelques essais avec le numérique que j'ai emporté. Décidément je ne
suis pas doué. En licence photographique, on peut appeler ça un flou artistique, mais moi c'est du net pour le net que je veux. Je relève la tête, le voilà qui rentre vers les boxes. Une
photo, puis une seconde. Seule la première est exploitable, en comptant sur votre amicale indulgence.
Le papier de la première est fait. Des 3 ans n'ayant pas gagné 2.400€. Je mets un
tiers de mon budget à la place sur Porée pour le compte de Rayon. La pouliche Sibelle Soyer gagne courageusement et fait un peu plus de 3€.
Je repasse devant le bar qui me fait de l'œil. Ok, je réinvestis. De toute façon à ce
tarif là j'ai l'impression de m'enrichir.
Tiens, le gars là bas, il ressemble à Homéric.
Dans la deuxième, ça flambe. Nivard une fois gagnant, 4 fois placé. Ohé
Louise gagne de trente mètres et sera à reprendre. Nivard revient faire un lointain 3ème en essayant de mettre à la faute celui qui l'avait coupé en deux dans le dernier
tournant. Ca se termine chez les commissaires. Il fait 2€20 à la place, soit 1€60 de bénef. J'ai mes entrées assurées pour la soirée chez la dame pipi.
Ready Cash fait son second heat, toujours avec Allaire, et ils rentrent juste avant le
départ de la troisième. Je les suis du regard, il y a un peu de monde autour du boxe. Le gars là bas, on dirait vraiment Homéric.
La troisième c'est le groupe B de la première. Ca sent l'inédit à plein nez, le tardif ou
le souffreteux déclassé. Je choisis Ouvrie avec la même ordonnance que pour Nivard dans la précédente. Il finit troisième en regagnant du terrain tout au long du dernier kilomètre. C'est Nivard
qui gagne avec un autre inédit (ils étaient trois) Star du Chêne. C'est, toutes proportions gardées, la note de la soirée. Le Ouvrie fait plus de 5€ à la place. J'hésite entre la
bière et la coupette. Je laisse tomber les deux. C'est vrai quoi ! j'ai rendez-vous. Je me dirige d'un pas décidé, genre 4 km/h, vers les boxes. Je passe outre la pancarte ''réservé aux
professionnels et aux propriétaires''. Je suis propriétaire de ma soirée, et s'il l'on me fait une réflexion, je pourrais toujours dire que je suis professionnel, joueur professionnel. On doit
pas être beaucoup à avoir toucher dans les trois première en multipliant notre mise de base par plus de 4.
Il est là. Moi aussi. Homéric aussi. Putain faut que j'lui demande à
c'gars.
- Veuillez pardonner ma curiosité, mais ne seriez-vous pas Homéric?
- Si.
- Merci lui fis-je en lui tendant la main.
Il me la serra volontiers avec un sourire interrogateur.
- Je vais vous demander une faveur un peu particulière, est ce que je peux prendre
une photo. Je vous le dis tout de suite, c'est pour alimenter un blog d'un ami. C'est un blog qui traite des courses hippiques mais pas que. Il est en lien sur le blog de Christophe DONNER,
c'est le magnifique.
- Vous l'animez?
- Disons que j'y contribue. Par des photos ou des textes. Les photos c'est une première ce soir, et pour l'instant c'est un fiasco.
Tout en parlant je sors mon appareil que j'avais réglé au préalable, du
temps où il faisait jour. Mais là il est 20h00 et devant les boxes peu de lumière. Je comprends qu'il accepte implicitement. Clic. Je regarde le résultat. je n'ai pas menti. Mis à part un léger
trait de lumière en haut à gauche, l'écran est noir. J'y retourne. Homéric se prête au jeu, un peu gêné. Je le comprends. Je me presse et je presse. Clic bis.
-Merci.
J'embraille sur le prochain prix d'Amérique en souhaitant qu'il soit à la hauteur de
l'Arc 2009 et lui demande s'il était à Longchamp le week-end dernier.
Bien sûr qu'il y était. Pour lui c'est le plus bel Arc depuis celui de Mill Reef dans
lequel il avait un partant (en tant qu'apprenti). Je lui réponds que lorsque Mill Reef a gagné j'avais un peu plus de trois mois, mais que j'avais souvent entendu parlé de l'Arc 1971 comme étant
la référence.
Miracle des rencontres, voilà celui pour qui j'étais venu qui vient marcher tout devant
nous avec à sa tête sa lad blonde. (Avez-vous remarqué que les lads des trotteurs étaient blondes, comme les jockey de plat sont petits, ceux d'obstacle ont le nez cassé,
les footballeurs le casque MP3 collé aux oreilles, les cyclistes suicidaires, et les arrières grand-tante le menton poilu.) Homéric me dit que contrairement au plus grand
nombre, il le trouve assez américain dans son modèle, et qu'il aime son garrot profond. Moi, plus modestement par la force des choses, je lui dis qu'en effet je le trouve moins massif que je
ne l'imaginais (c'est sans doute sa façon de trotter qui dégage cette impression de colosse) même s'il a pris un peu l'allure de l'étalon qu'il est devenu cette
saison.
Le cheval est calme, serein.
Nous le regardons en silence, Homéric en profite pour filer à l'anglaise (sans doute son
coté pur-sang)
Moi je laisse là Ready. La 4ème ne va pas tarder. Piombino et Duvaldestin à 7€.
Mystère du mutuel. N'oublions pas que je suis plein aux as. J'envoie Piombino par 4 gagnant/placé, je me couvre avec Pablo à 15/1 et les associent en cgp. L'autre Duval
confié à Nivard est favori. Piombino gagne à 6€50 et Pablo coince dans les 200 derniers mètres (je pense que lui et Durieux vont en claquer plus d'une cet hiver à
Vincennes)
J'ai chaud. Non, en fait j'ai soif. Je reste fidèle à mes premières amours, surtout quand
elles sont fraîches et généreuses.
Il est temps d'aller saluer le gagnant de la prochaine. Il passe,
presque indolent, prés de moi. C'est dingue comme il a les tissus fins. J'en ai vu de moins harmonieux à Longchamp. Les canters se font de l'autre coté de la piste, qui n'est pas très bien
éclairée. C'est l'heure du départ. Les 2 chevaux des 50m ne sont pas cachés par les arbres. Sur la lancée de sa volte, Ready Cash part vite, très vite. On sent que c'était un moment de la
partition qui était au programme des répétitions ce soir. Le peloton se forme. La course est fluide. Ready Cash est antépénultième. Il ne tire pas. A un peu moins d'un tour de
l'arrivée sa compagne de couleur hausse le ton. Rocky Atout et T. DUVALDESTIN réagissent. Ca avance. Nivard laisse aller le champion. C'est le deuxième temps fort des répètes. Le
cheval fait preuve de maniabilité. La piste du Croisé a pour particularité de compter 4 tournants (et non pas deux grands comme le plus souvent) qui sont assez serrés mais
parfaitement réguliers (4 fois 90°). Il ya donc une petite ligne droite entre chaque tournant, ce qui demande de l'explosivité et de la maniabilité lorsque le cheval arrive à pleine
vitesse et doit résister à la force centrifuge pour ne pas se retrouver déporté vers l'extérieur. (J'en profite pour vous dire, mais vous le savez déjà, que c'est ici que se déroulera
la finale de l'UET 2010.) Son bout de classe et donc son boulot terminé, Nivard laisse le cheval glisser gentiment jusqu'au poteau. Juste le temps de revoir la course et je dois filer
vers le tram. Je cours vite, la fraicheur glisse le long de mes tempes, je suis Ready Cash. Je me sens léger, je ne pèse plus rien, je suis "le Loup Mongol".
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