Vendredi 18 décembre 2009
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Le capitaine Slipman délaisse un moment sa jambe de bois et reprend son bâton de pèlerin hippique.
Le jeu m'a rendu superstitieux. Il m'a également rendu fataliste. Ou plutôt non, je l'étais avant. Mais il m'a conforté dans cette tendance. Tout ce qui nous arrive
est écrit. D'avance? Pas si sûr. C'est peut être au fur et à mesure. Mais parfois nos vies prennent des trajectoires qui nous laissent perplexes. J'aime prendre ce qui m'arrive comme un don. Ce
n'est pas toujours facile. Prendre comme un cadeau une jambe cassée ou un pneu crevé un jour d'averse, je vous accorde que cela n'est pas évident. Lorsque c'est possible, je ne m'en prive
pas.
J'étais à l'époque un turfiste débutant. Je gribouillais des Paris Turf avec des vieux antillais, qui appelaient Vincennes le Temple et ne juraient que par Bazire et Verbeek. Michel Lenoir
courait encore monté. C'est un de ces paris Turf dépassant de mon sac qui me permit de faire la connaissance de Nicolas Roussel. Je vieillis un peu l'histoire pour donner de la patine. Disons que
The Big Blue World courait encore des quintés. Je sens que là, ça vous aide bien.
On a un peu discuté ce jour là (il m'avait fait le papier pour la réunion d'Enghien du lendemain, aux petits oignons). Je suppose qu'il a dû me trouver sympa, vu qu'il m'a laissé son
portable. Pour moi c'était Noël. Un Noël qui a duré. J'en ai touché quelques uns, des Makoum Makoum, Think Yatzee, Breeze Brodde et autre O'Donnell. J'ai une tendresse particulière pour ce
dernier, que j'avais joué gagnant à une cote astronomique il y a deux ans. Mais vous savez déja tout cela. Je rêvais donc de pouvoir un jour à mon tour faire un cadeau à Nicolas.
Toujours au gré de rencontres, j'ai fait la connaissance il y a peu d' Emmanuel Berry, un photographe d'art. J'en profite pour saluer Patrick, gitan du fleuve et braconneur devant
l'Eternel, qui nous lit peut être.
Nous en sommes rapidement venus à parler chevaux, et il s'est trouvé que le frère d'Emmanuel était pronostiqueur hippique dans les années 80, et a même travaillé à Paris Turf (encore et toujours
le Turf!). Manu garde des souvenirs d'enfance de pronostics, mais il n'a pas persévéré. Son frère a même eu des trotteurs, pour ce que j'en sais.
Manu s'est montré interessé par les courses, et outre son inscription aux SlipManS, je lui promis de l'emmener à Vincennes.
Quand Nicolas Roussel m'a dit que O' Donnell, qui était blessé, allait revenir à la competition, l'idée de faire un reportage photo sur celui qu'il surnomme affectueusement "le gros" a germée
dans mon esprit.
Nico accepta, Manu aussi. Il ne me restait plus qu'à liberer ma journée.
Merci à Léti, qui se chargea de mes patients durant cette escapade.
Nicolas nous avait proposé le 16 Décembre, qui serait le jour de la deuxième course du "gros", et pour laquelle il n'aurait pas de pression.
Nous arrivons à Grosbois à onze heures. Nous saluons Nicolas. Il a encore pas mal de trucs à faire avant de partir. Il y a un grand soleil, idéal selon Manu. Je passe vite fait faire un
bisou à Speedy Cat et Makoum et nous attaquons la séance photo de la star du jour.

- Oui, qu'est-ce que c'est?
-Vous me reconnaissez, Monsieur O' Donnell? Je suis Slipman, le celèbre turfiste, on s'est déja croisés. Je fais un blog et je voudrais que mon ami Manu fasse des photos de vous.
-Tu es un genre de journaliste?
-Euh...D'une certaine manière, je pense qu'on peut dire ça.
-Alors je vais te manger parceque j'aime bien manger les journalistes.
-Aïe! Arrêtez Monsieur O' Donnell, je suis un fan et pas si journaliste, finalement.
Il faut dire que l'animal est impressionnant. Il est vraiment très grand pour un trotteur. On dirait un sauteur de concours complet. Avec ça une musculature de tracteur. Dès les premiers regard
nous le trouvons magnifique. Manu m'empêche de foncer le jouer au premier point course venu. Surtout que Nico est formel: une place dans le quinté à la rigueur mais aujourd'hui il ne fait que la
ligne droite.
Nous assistons aux préparatifs, brossage et coiffage du champion, et mi-goguenards, mi-impressionnés par les deux lads suédoises qui mettent à grand'peine storm Cat dans le camion. Il faut dire que
ce dernier, bâti sur le modèle d'O' Donnell, n'a pas une envie folle d'aller aux courses. Pendant ce temps le "gros" boulotte un carton à l'arrière du van. Les filles sont folles!
Elles viennent cependant à bout du récalcitrant.
Parés au départ. Nico va nous faire entrer en douce sur l'hippodrome. On se gare fissa avant d'arriver et on saute dans le camion. Manu monte devant. Je m'entasse au fond avec les filles. cela les
fait marrer. Faudrait que je voyage un peu, moi. Genre la Scandinavie. Blogueur, ça a des bons côtés.
Nous arrivons à Vincennes dans le cortège des vans. Les lads prennent chacune un cheval. Moi je pousse le sulky.
O' Donnell me regarde bizarre. J'ai l'impression qu'il se fout de moi.
- Tu trottes 1'12'', toi?
-Non, mais j'ai pas un noeud dans les cheveux, moi!
Non mais, pour qui il se prend celui-là? Je suis jaloux parcequ'il est vraiment beau. Tout le monde s'arrête devant son box et s'extasie. C'est comme ça que je récupère le premier tuyau de la
journée, le 409, un Dersoir qui avance, parait-il. C'est un défilé incessant, tout le monde parle à tout le monde mais c'est surtout de la pêche aux infos.
Le gros attend relax que Nico aille lui faire faire le heat (l'échauffement).
Là, il pose.
Avant que Nico entre en piste, je propose à Manu d'aller faire un tour au guichet. J'ai repéré un Masschaele dans la première qui parait solide. Par correction, j'informe le type de la guérite
qui veille sur l'accès aux écuries que l'on va repasser dans un moment. Je l'avais fait une fois où j'étais venu, ça avait marché. Seulement là, nous tombons sur un zèlé. Rapport à la chose morte
qui orne son crâne, nous le surnommons "Moumoute". Donc, Moumoute se met en tête de nous expliquer l'importance d'avoir une carte d'accès. Il nous en fait la démonstration en se mettant à
contrôler tout le monde. Les gens semblent un peu surpris, certains agacés. Ensuite il nous emmène à l'interieur pour qu'une fille nous explique la même chose, à savoir que Nicolas doit demander
des invitations pour qu'on accède aux écuries.
Ce qu'il y a de drôle, c'est que pendant que Moumoute nous trimballe, plus personne ne garde l'accès. D'ici que quelqu'un choure un trotteur, il n'y a qu'un pas.
Nous leur promettons que nous allons faire le necéssaire, mais qu'il faut nous laisser repasser aux écuries pour informer Nico. Moumoute opine.
Nous filons en bord de piste pour assister aux heats du Quinté. On discute un peu avec le lad d'Orleans Springs et avec un photographe. Nous voyons passer Mah Jong du Vivier. Très bien. Paraît
qu'ils y comptent un peu mais Loris Garcia n'a pas l'air enchanté en rentrant. Je vois passer tous les "crack drivers", Levesque, Bazire, Bigeon, Emmanuel Varin (je rigole). Manu mitraille O'
Donnell à chaque passage. Il est splendide.
Merci à Glop-Copperfield qui a fait disparaitre le tracteur.
Lorsque l'on assiste aux courses en spectateur, on ne se rend pas compte de la vitesse à laquelle les choses s'enchaînent en coulisse. C'est un défilé incessant de sulkies et de chevaux.
C'est déja l'heure du Quinté. Nous n'avons pas osé défier Moumoute qui nous barre l'accès au guichet. On regarde la course depuis la piste. Un trio nous rejoint, composé d'une bombe anatomique en
fuseau hyper moulant, de son attachée de presse? et d'un cameraman. Ce dernier souhaite filmer la pin-up qui regarde une course. Nous ne connaissons pas les tenants de l'affaire mais ils nous
demandent la permission de nous filmer. Je previens la fille que je suis super photogénique et que je crains de lui voler la vedette. Elle est immédiatement conquise et s'empêche de succomber
à mon charme latin mais pas trop. J'ai malheureusement peu de temps à lui consacrer puisque je suis en mission pour mes fidèles lecteurs, ceux qui viennent encore sur le blog alors que je
n'ai pas ajouté un article depuis des lustres.
Nous voyons mal d'où nous sommes mais Bazire gagne facile le Quinté. Il est malin, Bazire. Avant la course il est passé voir Nico, genre "salut, comment est le gros, etc...". Je me demande si il
fait le tour de la concurrence avant les courses. Il gagne avec Oky de Lou, un de ces Baudoin qui gagne facile mais uniquement quand c'est le jour. J'apprécie peu ces façons de faire parcequ'on ne
sait jamais quand mettre ou pas, à moins d'être un de leur copains. Nico c'est le contraire, il dit toujours si il fait la course ou pas, et quand il est prêt à gagner tout le monde le sait et on
touche 1.80. Trop honnête. Moi c'est pareil. Suis pas sûr qu'on fasse fortune comme ça.
O' Donnell finit loin. 10ème.
Après la course, c'est un défilé ininterrompu de journalistes. Nicolas trouve que le cheval manquait de tonus dans la montée, mais qu'il a bien finit. C'est ce qu'il dit en tous cas. En privé, il
se montre plus déçu. Il trouve que son cheval a mal couru, et il ne croit pas à la deuxième course après une rentrée. Faudra qu'il y ait un jour une étude serieuse sur cette histoire de deuxième
course. Il pense que le cheval n'est pas un crack. J'aimerais tellement qu'il se trompe...
Le masque des mauvais jours...
Nico file faire le heat de Storm Cat. Ensuite nous regardons la troisième course sur une télé près des boxes. J'avais le couplé. Dommage. Il va falloir qu'on s'occupe sérieusement du "cas
Moumoute", parceque notre tuyau de la 4ème se profile.
Nous tentons un passage en douceur tandis qu'il inspecte trois quidams. Mal joué, il nous intercepte. Nous lui sortons un vague baratin et nous faufilons jusqu'au guichet. Le tube s'apelle Soyouz
de Loiron, un Dersoir. On met deux biftons et on file en bord de piste. Là, il y a un type édenté qui geule à chaque fois qu'un jockey passe. Il a une accroche vraiment originale: il gueule. En
permanence. Je suppose qu'il doit être un peu connu. Bazire fait un signe de la main en passant. L'édenté s'enflamme et bondit, exhalté, jusqu'au guichet. Il reste volubile et sonore jusqu'au
moment ou le cheval de Bazire se met au galop. Adieu les canines en céramique. Nous pas mieux. Soyouz finit bien mais en retrait.
Nous profitons du mouvement vers les écuries pour feinter Moumoute mais le bougre nous a repéré et il nous alpague.
-Oh, tous les deux, z'avez les autorisations?
Le saligaud, il sait bien que non. Il enchaîne:
-Parceque depuis tout à l'heure, vous allez pas me dire qu'il a pas eu le temps de passer aux balances, Roussel.
On tente une esquive rotative sur l'air de "ben on va lui d'mander, promis" mais le Feldmarechal Moumoute nous chante une autre chanson qui fait " vous n'voulez pas qu'j'appelle la sécurité, tout
de même?".
Là on est chocolats. Sauf qu'au même instant Nicolas passe au sulky de Storm Cat. On le hèle:
- Hé Nico, il y a l'agent qui fait de l'obstruction!
-Laisse les passer, ils sont avec moi.
Moumoute se rebiffe:
-Il faut que tu leur fasses des autorisations!
-Eh ben t'as qu'a pas les laisser passer!
Là, moumoute il est embêté, parcequ'il ne s'attendait pas à ça. Faut dire qu'il nous prenait pour des mytho alors là, ça coince. Son cortex cérébral est sollicité. Il vacille. Si ça se trouve on
est peut être même des mecs importants, des qui payent pas de mine. Il craque.
-Allez-y.
Il s'est enfermé dans la cabine et n'a plus contrôlé personne.
Nous sommes allés nous asseoir à la cantine des propriétaires. De là nous lui faisions coucou avec nos verres, deux sourires narquois en bandouillère. Manu voulait aller taper au carreau mais je
l'ai retenu.
Nous retrouvons Nico encore plus déçu. Storm a très mal couru. Il attendait mieux. Un journaliste approche et se plante en retrait. L'air un peu mou il lui demande comment a couru O'Donnell.
Mauvaise idée.
-T'es journaliste? Et bien va demander à un de tes copains journaliste parceque j'en ai marre de répéter.
L'autre encaisse, stoïque. Drôle de metier. Et puis Nico se radoucit et finit par lui répondre.
Nous, on est morts de rire.
On regarde les courses depuis la cantine. Magnifique. Lors de la course montée, les jockeys viennent se réunir devant nous. Nous sommes à côté de Maurice Maige (si quelqu'un sait comment ça
s'écrit...). Bizarre ses cheveux à lui aussi. Il attend la dernière, comme nous. En attendant, Manu touche. Moi je m'abstiens, mais devant sa réussite (la chance du débutant) je lui demande un
prono.
Je joue Rosamika dans la 7ème sur ses conseils. Disqualifiée d'entrée. Facile victoire de Rizona que l'on devrait toucher sans problème le prochain coup.
-Facile.
Je décide de reprendre les rênes. J'explique à Manu comment trouver un bon outsider. Je lui indique un cheval dans la 8ème, deferré, monté Nivard et qui je crois vient de loin. Manu le joue, avec
le 12 en couverture.
Mon cheval gagne à 21/1, celui de Manu fait 4ème. Je sens que je l'impressionne. Seulement mon cheval se fait disqualifier, et c'est encore Manu qui a raison avec son dada payé 3.50.
Nous repassons aux écuries. C'est la sinistrose dans le clan Roussel père et fils. Pourtant tout est en ordre. Leur cheval qui court la dernière, Tamantha, est en forme. Le heat est impeccable,
mais ils pensent être sur une série noire. Ils freinent pas mal notre optimisme. Je vais quand même mettre un billet, parcequ'il ne faut jamais se priver d'un bon moment. Nous assistons à la course
en compagnie de la lad de Tamantha, elle sous sa couverture et nous non. Pourtant nous sommes pays, comme quoi...
Et le miracle se produit. Tamantha gagne à 19/1. Avec un parcours de cauchemar à trois tout le tournant.
Cela ne se voit pas mais on est tout fous à ce moment. Nous avons le sentiment d'être...
...aux premières loges...
Nous sommes surtout ravis pour Nicolas, ravis aussi de ne pas être "chats noirs" .
Nous vivons l'évènement comme si le cheval était le notre. Je vous garantis qu'il nous pousse à ce moment des envies d'être propriétaires.
Mais cela est une autre histoire....
Par slipman
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