Lundi 8 juin 2009
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16:02
C'est après vingt heures de travail nocturne, une dizaine de sommeil, six sandwiches "Netto" et une séance de dédicaces dans un point course à Charleville que je me
rendais à l'hippodrome de Chantilly. Je passerai sur le voyage, dont le seul point d'interêt fut un énorme sanglier (en fait une statue), le plus grand du monde selon ce qu'indiquaient les
panneaux. Cette réalisation me plongea dans un abyme de reflexion, dû en partie à mon état de fatigue mais aussi à la brutalité visuelle de ce gigantesque Sanglier règnant sur la plaine ardennaise.
Je le voyais résister aux chars allemands en 39 , puis guidant les américains en 44, puisque justement leur Président Noir nous rendait visite. Et nous, on n'invite même pas la reine
d'angleterre, avec tout ces mecs qui sont venus se faire trouer la paillasse pour qu'on se retrouve pas à déclamer du Goethe en CE1. On est gouverné par des clampins. Mais
passons.
Le chateau de Chantilly, au niveau élégance, c'est le contraire du chargé du protocole à la commemoration du débarquement. C'est la classe. J'étais passé devant une
fois par hasard et je l'avais trouvé terrible (je manque un peu d'adjectifs architecturaux). J'ai photographié un bâtiment qui jouxte l'hippodrome. Je ne sais pas s'il s'agit du grand ou du petit
chateau, mais l'ensemble avec le plan d'eau est vraiment somptueux. Les Princes de Condé avaient le sens du faste. Les écuries,elles, semblent gigantesques. Les chevaux de Condé avaient-ils la
taille de mon sanglier ardennais?
Les volumes sont impressionnants, mais les surfaces aussi. Je me rends compte que les placiers m'ont fait garer très loin, à l'entrée du tournant de la
piste du Jockey Club, ce qui fait que je me coltine une marche de deux kms, en troisième épaisseur nez au vent. Après cette marche salutaire pour mon taux de cholesterol "poulet-mayonnaise induit",
je me mets en quête de mon fidèle Pascalou, ci devant Seigneur de Chantilly (nous, on est la crème, et on ne fait pas dans la dentelle). Je le cherche dans le hall parce que je lui ai demandé de me
jouer Gentoo dans la 3°, un bon bifton placé. Et justement, le Gentoo en question fait 2° battu d'un nez, à 6/1 avec deux tocards autour. Je prie pour que Pascalou ai eu le temps d'aller au
guichet, car il m'a dit qu'il y avait foule.
On se retrouve devant le poteau d'arrivée, où il me souhaite la bienvenue, ce qui est normal après tout. Le bougre est sapé comme un Milord. Je lui fait remarquer
qu'il est mieux fringué qu'à Vincennes.
" Toujours à Chantilly, et encore j'ai pas mis la cravate ". Puis il me présente son beau père, encore mieux sapé. Moi, avec mon polaire "Paris Turf" et ma tignasse, on dirait un réfugié albanais.
Contraste.
Une sirène retentit, et une speakrine annonce les rapports. 2.60 pour Gentoo, pas mal. On file illico au bar à champagne où j'écorne mon pécule contre deux flûtes de Moët rosé pas trop frais, comme
ça avec mézigue on est raccord.
Pascalou a touché dans les premières, il est assez content: "J'ai l'impression que le chat est parti!" me dit-il avec un sourire. Il fait beau, il y a tout plein de gens bien habillés,
beaucoup de jeunes. C'est bien de se faire beau quand on va dans un bel endroit.
Nous assistons passivement à la victoire du duo Rouget/ Mendizabal dans la 4°(pour les non-initiés, J.C Rouget est un celèbre entraîneur du Sud Ouest). Mais l'essentiel est ailleurs, pour
l'instant.
Cet après-midi, je suis supporter de Christophe Soumillon. Vous qui suivez les aventures de Slipman savez pourquoi. Dans la 5° course, un groupe III doté de 80.000 euros (le Prix de
Royaumont), il monte une pouliche de l'Aga Khan nommée Shamakiya. J'essaye de l'apercevoir au rond de présentation. Justement, il est en grande conversation avec Zahra, Princesse de son état,
parceque fille de l'aga Khan. Moi, je suis amoureux de Zahra. Normal, elle descend du Prophète. Vous en connaissez, vous, des gens qui descendent du prophète?
En plus, je crois savoir ce qu'ils se disent.
- "Christophe, j'ai oublié le nom du blog dont vous m'aviez parlé?"
- "Il s'appelle "le blog du slipman". Tenez, Princesse, je le note sur votre programme."
...
J'ai guetté Soumi avant qu'il entre en piste.
- "Christophe, c'est Slipman! "
-"Oh, Salut, ça va?"
Tout le monde autour de moi ,dégoûté. Ben oui, je suis un cador, et alors!
Ensuite direction le poteau d'arrivée. Pascal joue Quetsche, un petit billet gagnant sec. Je n'ai mis que placé sur Shamakiya car je veux que Christophe garde ses forces pour le Jockey Club.
J'ai tout prévu.
Et justement il est deuxième. Derrière Quetsche. Encore un Rouget, monté Lemaire cette fois. Pascal m'explique sa méthode, implacable: " C'est facile, tu
choisis des chevaux qui ont des noms de trotteur, et tu touches. Dans la suivante, je joue "Oiseau de feu"! "
Pour ma part, j'ai opté depuis hier pour Handsome Maestro, monté par vous savez qui.
La pluie commence à tomber. Pascal est un peu contrarié. Je lui explique que mon cheval pour la grande course, à savoir Beheshtam, va bien dans le terrain lourd, et que cette pluie me plaît
beaucoup. On va s'entasser dans le hall, après une bibine parceque le moët on va pas pouvoir, même si Quetsche était à 7 balles.
Le beau-Père semble quant à lui accompagné du chat noir, avec des trios où il a les tocards mais pas la base.
Je les abandonne pour essayer de voir Handsome Maestro au "pré-rond", toujours sous la pluie.
En même temps, j'aperçois ses propriétaires au loin. J'ai l'impression d'être un paparazzi.
Mon cheval est très beau, mais je ne le joue encore que placé, pour la raison que j'ai dit plus haut.
Et Handsome fait deuxième, battu d'un nez par Oiseau de feu. Encore une victoire Rouget /Lemaire. Je récupère Pascalou.
- "On est des Dieux, non? J'aurais dû faire le couplé." lui dis-je, exalté. Lui, un peu moins: "Je l'ai pas joué, à 2.50 il m'interessait pas."
C'est une chose que je vois souvent faire: on ne joue pas un cheval parceque la cote est basse. Je n'arrive pas à comprendre. Moi, ça ne me dérange pas de gagner, même si ce n'est qu'un petit peu.
Enfin, chacun son truc. Je lui fait quand même remarquer que je trouve cette façon de procéder un peu débile.
Pascal me prévient qu'il vaut mieux qu'on aille jouer maintenant pour le grand Prix car sinon on aura pas le temps. Lui est pour Wajir, monté Crastus, il en est sûr. Moi, droit dans les bottes je
lui dit qu'il n'a pas une chance mais je fais quand même un petit couplé et mise sur les chances de mon champion. La pluie s'est un peu calmée, je m'offre un tee-shirt "Prix de l' Arc de Triomphe"
et il est temps de retourner en bord de piste. J'ai raté l'entrée de Soumillon, et je me suis fait piquer ma place en face du poteau par une vieille femme arabe avec les sourcils tatoués.
C'est le départ. Les commentaires de Bernard de Croix résonnent sur l'hippodrome. On regarde la course sur l'ecran géant en face, à cette distance on ne voit même pas les chevaux. Beheshtam, ce que
je redoutais, est victime de son mauvais numéro dans les stalles de départ et doit attendre à l'arrière du peloton.
Devant, deux chevaux se tirent la bourre, ce qui me va très bien. C'est plus facile de revenir quand la course a été rapide. Soumi est toujours parmi les derniers à l'entrée du tournant final.
A mi-ligne droite, je n'arrive plus à voir où il est, au milieu du paquet sans doute, c'est très confus. La femme devant moi fait les "cornes du diable" avec sa main en direction du poteau, et gêne
le photographe officiel, un chinois trés calme. je ne comprends plus grand chose à la course parceque ça bouge de partout autour de moi, je fais une photo au jugé dans la
confusion.
devant moi la vieille femme , et un type plus
jeune que je suppose être son fils jubilent, serrant dans leurs bras un garçon blond qui ressemble bizarrement à celui que j'avais déssiné dans "l'innocence de l'enfance". Tout ça me laisse un peu
perplexe. Soumillon est 4°, mais je ne suis pas déçu parce que 4°avec le 17 à la corde, ici, c'est comme gagner, et je sais qu'il me rendra bientôt mes sous. Wajir a fini dans le lointain, au grand
dam de Pascal. C'est encore ce diable de Lemaire qui a gagné. Trois victoires de suite pour lui, et quatre pour Rouget. Incroyable pour un entraîneur dont on disait il y a peu qu'il ne gagnait
pas les grandes courses.
Après ça, le handicap divisé me paraîssait bien fade. J'ai préféré partir le portefeuille un peu dodu, en remerciant chaleureusement "Pascalou de Condé" de son accueil.
J'ai repris la route avec une dorsalgie bien méritée, mais plein de ce spectacle magnifique que sont les courses de chevaux. Comment je me suis retrouvé à passer sous l'Arc de triomphe pour rentrer
chez moi, je l'ignore. Sans doute un clin d'oeil du destin à nous trois, Beheshtam, Soumi et moi. Car je sais que nous y serons.
Par slipman
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