Cette faignasse de Slipman, jamais en retard d'un mauvais coup, invente le compte rendu à épisode.
Première partie...
C'est Rousseau qui disait redouter les situations où il devait choisir entre ses devoirs et ses interêts. Le turfiste passionné est en permanence en proie
à ces dilemmes. Le rôti de veau chez Tante Odette ou le Grand Cross de Pau. Le mariage de Jérémie ou la R4 à Mons. Le baptême de la petite ou le Prix crèperie Suzette à Chatelaillon. Et bien,
malgré tout les obstacles qu'une vie sociale épanouie met entre lui et sa quête inlassable du prono ultime, le turfiste jusqu'au boutiste parvient toujours à se retrouver planté devant un écran
ou une lice, un ticket fripé dans la pogne.
Lorsque les copains m'ont proposé de descendre à Cagnes, au début j'ai dit non parceque c'était l'anniversaire de ma femme. C'est là que mon super pouvoir de super calculateur s'est déclenché. Il
faut dire que mon cerveau, quand il est question de machination, c'est le QG de Google:
- Chérie, je t'emmène à la mer!
- Chic, on retourne en Normandie?
- Non, il n'y à rien à Deauville...Heu, je veux dire rien de bien. L'hiver, le Sud c'est mieux.
- Oh, mon amour, tu es formidable! Pour te remercier je te fais du boeuf aux carottes.
Car je dois vous l'avouer, je raffole du boeuf aux carottes.
Je ne m'étendrais pas sur la première partie, familliale, du week-end. Juste pour rapeller aux méridionaux la chance qu'ils ont d'habiter une région au climat si
agréable. On est même revenus un peu bronzés, c'est dire.
J'étais en train d'éponger le vomi de la petite à la sortie d'un rond-point lorsque j'ai reçu le sms de Rogersteph.
"On est devant l'entrée" me disait-il.
Trente minutes plus tard nous l'y rejoignions, un peu heureusement car mon GPS, mal paramètré, s'apprêtait à m'expedier dans la pampa. C'est un coup d'oeil sur les affiches des
candidats locaux aux régionales qui me fit apercevoir l'hippodrome.
Roger nous accueille à la portière, mais un homme à l'allure inquiètante s'impatiente dans une grosse berline, derrière les grilles de l'entrée. C'est Jipé. Il râle parcequ'on est en retard. Il
doit essayer un cheval chez Jean-Pierre Ensch, et il voulait nous présenter. Nous le suivons, et arrivons aux écuries.
Nous rencontrons Mr Ensch Père, très sympa, puis tandis que Jipé se prépare à "trotter" son cheval, nous partons en exploration. Roger me fait découvrir la piste,
que nous surplombons à cet instant. A notre gauche l'aéroport de Nice, à notre droite la Marina "baie des anges ". Le site est très vaste, avec trois anneaux. La piste de trot est au centre,
c'est le regret car des tribunes on ne voit pas très bien. Nous voyons passer Jipé, dans un bleu de travail du meilleur effet.
Sur ces entrefaites, les copains Bobby, Hypo, et Gaspard sont arrivés. Je reçois une message vocal d'Hypo qui dit "Je suis en possession d'une grosse valise
pleine de billets et de tuyaux, à l'intention de Monsieur Slipman, merci de me rappeler." Nous nous donnons rendez-vous à la brasserie de l'entrée. En quittant les écuries, un cheval nous guette
au coin d'un box...
Le trio vient de Marseille. Bobby, vous le savez déja, vient du Nord. Hypo est normand. Gaspard est marseillais. J'attire votre attention sur le fait que, ayant
choisi de venir en famille, je renonçais à un hébergement plein de promesses chez une copine de Gaspard. Et il y en a qui doutent encore de ma moralité...
On se tape un petit dèj'. Les "marseillais" sont un peu fatigués. Ils ont fait le papier tard. Et c'est uniquement le décryptage du Paris Turf qui leur donne ce teint pâle et ces yeux injectés de
sang, même si je crois distinguer un ballon de blanc au milieu des tasses de café.
Il y a des allemands en costard, des gars impossibles avec des casquettes "Meaulne du Corta", et dans le bar, ça ne parle que de chevaux. Nous, nous sommes en terrasse, relax. Jipé apparaît comme
par enchantement. Il apparaît et disparaît de la sorte, c'est assez fascinant. On dirait le génie de la lampe. Il a une demi-douzaine d'entrées pour nous. On lui dit qu'il y a ¨Pascalou et
Junior qui arrivent. Il fait "Shazam" et on a deux invit' de plus.
Nous remontons en voiture, à nouveau direction les écuries. Là, je vais vous dévoiler un petit secret. Gaspard et Hypo ont dans la tête le projet de faire un film sur moi, enfin sur nous parceque
moi sans vous ça le ferait pas. J'ai des côté Louis XIV mais je me soigne. Et donc ils avaient une caméra. Une vraie. Donc, à partir de maintenant, vous imaginerez la suite de l'histoire
avec (souvent) Gaspard qui filme. Le projet n'est pas défini et vous n'en saurez donc pas plus. Mais je souhaite que l'on fasse long feu.
Gaspard me harnache comme un trotteur délicat, avec un micro et un boîtier dans la poche. Immédiatement je me sens comme un présentateur de jeu télévisé. Je lui réclame de la cocaïne, mais il
m'explique qu'on a pas les moyens et que j'aurai interêt à être bon si je veux du champagne. Et on se met en marche vers un avenir radieux mais incertain. L'équipe technique derrière, avec Bobby
tout content d'être là, Hypo en assistant caméraman , Roger et moi en vedette, un peu azimutés au milieu des chevaux qui nous regardent mollement.
On erre comme ça un moment. On se renseigne auprès de donzelles en écuyères, vantant leur abnégation à travailler un dimanche. On cherche du tube mais il n'y a pas
de partants chez elles aujourd'hui. Je ne sais plus quelle maison c'était. Dommage d'ailleurs, on aurait bien sympathisé. Mais il faut chasser le prono. Nous sommes face au box du cheval qui
tournait la tête tout à l'heure. Nous demandons qui il est à une lad. Elle nous répond avec un merveilleux accent Belge qu'il s'agit de Singapore Sling, une pouliche pas facile comme le
sont souvent les pouliches. Nous nous interrogeons sur cette particularité sans tomber dans une grivoiserie facile dont notre galanterie légendaire nous préserve. Nous sommes chez les
Martens, vous vous en doutiez. On déplie les Paris Turf et on fait le point avec la Lad. Qualypso Jiel et Rich Love sont très bien, Roméo des Ormeaux est meilleur que Rêve avec Moi.
On prend note et on s'éclipse en remerciant. Les gens sont super gentils avec nous. C'est heureux parceque se faire jeter en groupe c'est pire que tout.
En confiance, nous hélons un homme qui brosse un beau cheval noir. Question classique: qui est-ce? Il nous répond avec un accent nordique à beurrer des Krisprolls qu'il s'agit de Lumière Grif,
qui court la première. On regarde la musique: Da Da (09) Da 13. On s'en veut presque d'avoir dérangé le bonhomme. On s'apprête à partir en lui souhaitant bien du courage avec son âne, mais lui
nous enchaîne dans un français houleux mais efficace, disant qu'elle allait bien au monté et que le dernier coup elle s'était pris dans le sulky d'un autre entrée de ligne droite, mais qu'elle
allait faire un truc. Je reste un peu sceptique, mais nous remercions l'homme d'abord en Suédois puis en Danois au cas où. Roger me fait remarquer que mon accent Suédois est excellent, ce à quoi
je répond en le félicitant pour sa maîtrise de la langue d'Andersen.
Il est près de onze heure. Les écuries sont vides d'humains. Nous passons devant le box numéro 193. Allez savoir pourquoi, le cheval qui s'y trouve nous interpelle. Il n'y a pas de nom écrit.
Nous partons vers l'entrée de l'hippodrome et des tribunes.
Nous franchissons allègrement les files d'attentes grace à nos sésames. Avec armes et bagages. Nous croisons Jefferson, qui fume un gros cigare assis sur un banc. Nous commençons à avoir les
crocs, alors direction le snack et ses frites luisantes. Il commence à y avoir un peu de monde, et il faut jouer des coudes pour arriver à choper une saucisse. On prend des départs voltés et dix
minutes plus tard on se retrouve à table en train de faire le point avant d'investir dans le première. Pascalou et Junior nous ont rejoint. Je tiens à saluer ici l'exemplarité de Pascalou, qui a
toujours été là depuis nos premières escapades hippiques. Il réside dans l'Oise, si vous voyez. Bobby c'est pareil, toujours partant. Chapeau les mecs. Si j'allais aux courses à DubaÏ , je suis
sûr que je me retrouverai à trinquer avec vous. Même au thé à la menthe.
A suivre...











Derniers Commentaires