-Savez-vous qui j'ai croisé, ma chère? Je vous le donne en mille, Slipman himself. Il est encore plus chou avec ce petit pansement sur le sourcil!
Héhé, mesdemoiselles, je ne peux pas vous donner tout à fait tort...Mais approchez que je vous conte notre épopée...
Victime d'un terrible mal de dos, c'est après un bref massage et une double analgésie au whiskey irlandais que je rejoignais mon cousin Alexis, promu depuis quelque
temps "chauffeur de maître". Merci à lui. Et merci à Ketum gel.
Comme toujours en retard, et définitivement fâché avec l'accès à l'hippodrome de Longchamp, c'est au départ de la troisième course que nous arrivons sur
place.
Pas de regrets puisque,dans la première, j'aurais mis Kasbah Bliss ou Blek gagnant, et que c'est Gentoo qui les a pulvérisés. Après coup, c'était
d'ailleurs un joli pari. De ces coups qui semblent des évidences. L'art du turfiste est de les voir avant qu'ils soient joués.
La deuxième, c'était le Prix de L'Abbaye. Vingt et un partants, avec plein d'anglais inconnus. Pour moi, c'était impasse de toute façon. Chapeau à Marchand d'Or,
qui fait quatrième et se prend un chéquos de 14 000 euros. Je trouve ça pas mal pour un cheval qu'on croyait rasé.
Nous arrivons, disais-je, un peu avant le départ de la trois. Idéal, puisque mon coup d'amorce, celui qui te dit comment ça va se passer, était Helleborine. Montée
Pasquier, je l'avais entendu dire à Deauville que c'était une pouliche excellente. Invaincue, je crois, au départ. A 1,7 contre 1, c'est cadeau, et je mets un gros billet.
Le voyage a été long, et un besoin pressant me fait inaugurer les sanitaires. Quel interêt, me direz-vous, esthètes que vous êtes, à cette soudaine trivialité? Eh
bien, à mes côté, un jeune barbu que je complimentais pour l'abondance de sa miction, me fait savoir qu'il est anglais, et qu'à ce titre il ne n'entrave mot à ce que je lui dit, et qu'en outre
(manche), chez lui tout le monde pisse un litre à chaque fois. Charmante contrée, mais j'y reviendrais...
Là, c'est mon cousin. Avis aux filles, ce bel hidalgo est libre.
Mon téléphone ne cesse de vibrer, les messages d'affection d'Hypo, Bobby ou encore Nezguich pleuvent:
- T'es où?
-Qu'est ce tu fout?
Etc...
Imperturbable, je me plante sous le grand écran pour assister à la course. Je me plante d'autant mieux qu'Helleborine est battu par Misty for me. Une anglaise, ça
commence. Je sens qu'elles vont m'enerver.
Chez Slipman, on est pas du genre qui pleure des heures sur ses échecs. On se mouche et on repart. En plus les copains attendent de l'autre côté. On traverse le
tunnel. C'est comme un rituel initiatique. Une fois passé, tu ne seras plus le même...
Aaarghh! J'ai planté une heure de boulot en sauvegardant de travers. Trop dur la vie de blogueur!
Nalex et moi nous engouffrons dans le tunnel. Il est bourré d'anglais pas encore bourrés. Comme le fait remarquer AT, il y a une étrange similitude entre ce tunnel
et celui de sous la manche. Où la facilité tue le plaisir, c'est que dans le temps (ah, mes classes de langue chez les bretons!), pour séjourner en la perfide Albion, il fallait subir trois ou
quatre heure de houle, et accepter de vomir dix fois son goûter. A présent, un coup de train et zou, t'es à Londres. Plus de charme. Autant aller en Belgique, on mange mieux et ils aiment bien
les français.
Nous tendons notre invitation aux hôtesses. Je me permets de disgresser encore un moment, mais je dois à Hypo d'avoir pu imprimer une invit', car elles n'étaient
plus accessibles sur le site de France Galop, ni ailleurs, depuis plusieurs jours. Seule une habile sauvegarde pdf du Maître nous sauva d'un injuste paiement. Le bougre a toujours un coup
d'avance sur l'institution. Remarquons au passage qu'à notre époque d' "éco-responsabilité", imprimer des A4 pleine page en couleurs (j'avais paramètré noir et blanc, mais tout le monde en a-t-il
fait autant?) montre une certaine inadaptation de l'institution à la tendance. On peut même parler de "coup de retard", ce qui laisse à Hypo une marge certaine.
Tels des papillons sortants de leur chrysalides, mon cousin et son Slipman favori (c'est moi) naissent à la lumière. Longchamp nous voilà, m'ecrie-je
mentalement au point de m'assourdir de l'interieur! La lumière, oui, mais dans un Longchamp noir de monde.
Un rapide coup de fil à un des lascars, qui m'informe qu'ils vont chercher des bières. Quelle délicate attention! Ces gens ont du savoir vivre, c'est indéniable.
Attendant un accueil digne de mon rang de 116 ème blogueur au rayon humour d'overblog, j'envoie mon pauvre cousin Nalex, qui, de chauffeur, est élevé illico au rang de majordome, faire
la queue au bar pour nous quérir quelques sandwiches. Je l'autorise même ,exceptionnellement et sur ses deniers bien sûr, à en prendre un pour lui.
Et puis j'attends. J'attends les sandwiches, j'attends les bières. Et à la fin je m'agace. Mais où sont ils tous? Ah, voilà les sandwiches! Avec des copains autour!
D'abords le grand Nezguich, seul turfiste à mesurer la distance classique, soit 2400 mètres, et puis Bobby, plus hirsute et souriant que jamais, et puis les innéfables Gaspard et Hypo, jumeaux de
mères différentes. Cherchez l'allégorie d'un vrai copain et vous les avez les deux. C'est beau comme un Bayonne qui fume encore. Je vous jure, des gens comme ça ça fait du bien. Quand on voit ce
qu'on croise.
Ici, c'est le nirvaña. Que des femmes élégantes, et ma foi (rââhh) gaulées comme c'est pas permis. Seule la bière fraîche que me tendent les camarades m'empêche des
passages à l'acte qui finiraient en gifles (a slap in english).
Mais de mes vices, le jeu est un qui compte plus encore que la gaudriole, et dans la quatre court un petit cheval qui m'a déja réussi...
Ce cheval s'apelle Tin Horse. Traduit, cela donne cheval d'étain. Vous dire pourquoi je l'aime bien, j'en serais incapable. J'ai dû le jouer dans le passé,
peut être même l'avais-je touché. Mais dans la vie d'un turfiste il y a des chevaux "amis". Ceux que vous jouez toujours au bon moment, et que vous ne jouez pas, presque par hasard,
quand ce n'est pas le jour. Dernier en date, au trot, Profile de Rossi, que j'avais matraqué sur herbe à Craon, qui gagne aprés un parcours execrable ponctué d'un temps de galop et qui gagne
à deux cinquante. Il recourrait ce soir à Vincennes. Occupé que j'étais à manger un merveilleux couscous, j'oublie de jouer et il est cinquième. C'est ça, un cheval "ami".
Donc, un bifton sur Tin Horse. Je sollicite les copains, mais ils sont un peu mous sur cette course. Mon cheval d'étain leur plaît peu.
Nous assistons à la course en bord de piste, et c'est avec une fierté non dissimulée que j'assiste à la troisième place de mon chouchou, au prix d'une belle
remontée finale. Deux euros soixante, c'est du bonheur. Ne sous estimez pas la performance, du Nezguich ou du Hypo, ça paye pas de mine mais ça connaît son affaire. Le hasard a peu de place dans
leurs jeux. Je me sens comme un pêcheur qui sortirait un sandre de vingt livres en appâtant au pastis à un concours international. Et mon festival n'est pas fini.
On est désespèrement sur un blog de garçons. On a eu des filles à un moment mais elles ont eu peur. Le femme, c'est le foyer, la gardienne de l'âtre. Alors quand
Maman elle voit Papa qui flambe le PEL sur un tocard dans la huitième, elle pète un câble. C'est normal, on peut comprendre. Et si ça rentre on lui paye des bottes et on passe pour un
cador.
Donc, puisqu'on est " entre couilles", comme on dit très vulgairement, je vous prie d'admirer un instant le galbe de la croupe sus placée. Cette
puissance locomotrice, cette forme fuselée, et ce délicat frou-frou du tapis de selle. C'est une femelle, à n'en pas douter, et de la meilleure soyez-en sûrs!
C'est pour elle, en vérité, que j'ai fait le long voyage. C'est aussi pour mon frère de turf Bobby, et aussi pour les autres. Mais elle...
Bobby ne m'en tiendra pas jalousie, qui était prêt à jouer son samedi pour la voir. Aussi, quand j'ai dit aux gars :" Goldikova, elle va gagner!", j'ai été surpris
de les voir hésiter. Tu sais, m'a dit Nezguich, c'est pas la course visée. Ils veulent la Breeder's Cup. Ok, j'ai dit, mais Freddy c'est un rocker, il aime la France et il veut gagner ici, pour
le panache. Le panache, bon sang, on a plus que ça! Réaction molle des mecs. Anésthésie générale, et pour être franc je doute alors moi aussi. Et si ça se passait mal. L'an passé, elle avait
perdu. Mais Goldi, c'est un cheval, ou une jument, "ami". Je pose un bibif de chez tonton à la gagne. Aussi sec qu'un ordre en allemand. Et pis c'est comme ça...
Vous avez vu la course? Un truc de fou. La Goldi, montée aux avants postes un peu contre son gré, puis qui se met derrière un dos au début de la ligne droite, un
peu à la surprise générale. Un mauvais jour? Elle a plus de gaz? Mais attendez, elle deboîte, elle double, elle file au poteau...Paco Boy arrive, il l'attaque? Non, elle repart, elle est la plus
forte!
Une clameur incroyable accompagne sa victoire. Le décor bouge dans tous le sens. On a le sentiment d'avoir vu un truc peu commun. Les gars sont tout joyeux, et en
même temps un peu tristes de pas y avoir cru. Ils font pareil quand je leur dis que Dieu existe. C'est qu'à ce moment, avec mon ticket gagnant, j'ai des allures de prophète. J'essaye de choper
Goldikova et Olivier Peslier à leur passage devant les tribunes, re-clameur et aplaudissements. Une ambiance de liesse. C'est beau les courses!
Deux euros trente en finale. Quand on voit la manière, la ruse et la sang-froid de Peslier, c'est cadeau. Mon concept de "cheval ami" sera bientôt enseigné
dans les écoles de Turf.
Au passage, quand vous êtes ami avec un cheval, il faut garder à l'esprit qu'il ne peut, sauf rare exception, gagner toutes les courses. Parfois, ne pas le jouer,
c'est renforcer l'amitié.ll ne vous en voudra pas, et quand vous le toucherez gagnant, vous planerez comme Plastic dans la chanson.
Nous venons d'assister au Prix de La Forêt. Pardon, le "Qatar-Prix de la Forêt". Rendons aux émirs ce qui appartenait à César. Ils trônent dans les tribunes, mais
en costards, pas en "gandoura". On voit pas trop leur copines, à ces mecs. Mais nous c'est pas mieux. Faut avouer que ça manque. Les anglais sont visiblement plus doués. Nous qui nous prenons
pour des Don Juan -ah mince, il devait être espagnol- en sommes pour nos frais, condamnés à se rincer l'oeil comme des collègiens prépubères. On s'en fout, le Turf prime. On a quarante minutes
avant l'Arc. Une délégation part acheter des bières, une autre composée de moi même, du géant Nezguich et de l'imposant Nalex, part à la rencontre de l'éminent AT. Un coup de téléphone. Il est à
l'autre bout de l'hippodrome. Nous marchons, fendant la foule avinée.
Rencontrer un "cyber-ami" est toujours un moment un peu spécial. Au final, vous ne connaissez la personne que par ce qu'elle écrit. C'est amplement suffisant pour
distinguer le crétin congénital de l'authentique génie, mais cela laisse la place à un imaginaire fabuleux. Un peu comme ces sites de rencontre où la photo du profil n'est pas tellement
raccord.
Vous connaissez le site d'AT, Galop de course. Ce mec, c'est un stakhanoviste. Un travail précis, lêché. En
plus, il connaît les courses et les chevaux comme personne. Et il n'est qu'amateur, passionné. Alors quand je l'aperçois, tout simple avec son accréditation autour du cou et son appareil
photo en bandoulière, je suis un peu surpris. C'est con, mais je pensais voir un type sapé à mort, inaccessible, qui m'en mette plein la vue. Même si Nezguich m'avait dit qu'il était
très cool. On se salue, échangeons quelques impressions sur la victoire de Goldikova et la monte de Peslier, et puis comme il est d'usage, nous filons à la buvette. Nous y abondonnons Nalex, qui
de majordome est à nouveau promu, portefaix cette fois, puisqu'il portera les bières. Et ne lui dites pas que majordome c'était mieux, sinon il va finir par demander un salaire. Nous partons
ensuite au guichet. La fille d'AT est au rond de présentation, et lui envoie par téléphone les chevaux qu'elle aime bien.
A ce propos, je vous recommande le diaporama de Mademoiselle T à cet
endroit.
AT va jouer des chevaux que Miss T a repéré. Moi, je vais jouer Planteur, monté Crastus. Je demande à Nezguich ce qu'il en pense. Il m'aime bien, alors il ne
me rit pas au nez mais il m' explique que Crastus, il monte les Lellouche pour des raisons,disons...familliales. Et que au niveau perfs, c'est vraiment pas ça. Allez, Anthony,
montre-leur, à ces incrédules. C'est ton jour de gloire. J'avais demandé aux copains leur favori pour la Grande Course, et eux, Nezguich et Hypo en tête, ils voyaient Cavalryman, avec
Dettori. On a même apellé Donner pour avoir des nouvelle de Special Duty, et il nous a dit que cette année l'Arc serait anglais sans doute.
Je pose, et on rebrousse chemin pour retrouver les autres en bord de piste. La foule commence à être dense. On récupère Nalex, devenu "porte-bière". En plus elles
sont fraîches. Impossible de joindre les autres, à cause du bruit. On essaye d'aller se poster en face du poteau, mais ça devient carrément difficile.
La course commence. Planteur a un leader, Pouvoir absolu. Il se place derrière lui, et se fait enmener comme ça jusqu'à la fausse ligne droite. Le peloton suit,
Planteur se décale et prend la tête. Il est toujours devant au moment du démarrage, mais commence à être cravaché. Je le vois au loin, et sens mon argent s'envoler avec mes espoirs...Les attaques
fusent de partout, deux missiles sortent du paquet, Workforce et Nakayama Festa, un japonais à trente contre un. Les deux s'expliquent un moment, mais l'anglais garde l'avantage. Clameur! Je
regarde autour de moi, ce n'est que des embrassades et des tapages de mains. Je n'en reviens pas, ont dirait qu'ils ont tous touché. Il faut dire que la cote est passée de seize à huit contre un
dans les dernières minutes. Nezguich me fait remarquer qu'il était favori du Racing Post, le "Paris Turf" anglais. On aurait dû commencer par là.
Nous suivons la foule jusqu'au rond de présentation. En chemin, on se dit que ce Workforce c'était un coup tentable, vu qu'on savait que c'était un anglais qui
gagnerait, il suffisait de jouer leur favori. Notre chauvinisme, enfin le mien, nous aura aveuglé une fois de plus. On attend celui que le sport a désigné "meilleur cheval du monde". C'est sûr
qu'après Zarkava et Sea the Stars, on a l'impression de se reveiller d'un rêve génial.
Enfin, il est chouette quand même le champion. Un impressionnant parterre de photographes lui fait face. Il reste stoïque, presque blasé. Là, il m'épate un
peu. On suivra la suite de sa carrière, en espèrant qu'il y en ait une...
Nous accompagnons du regard la calèche qui enmène le Prince Abdullah, Michael Stoute l'entraîneur et son épouse, et Ryan L Moore, jeune mais talentueux
jockey.
Le Prince Karim, il a un petit air à la Iznogoud, mais en plus méchant. J'ai pas de photo, ce qui vous imposera de me croire sur parole. En tout cas, il vient de
gagner la course la plus richement dotée du monde, et ça lui arrache même pas un sourire. Une joie interieure, sans doute.
Nous, on est content pour lui quand même, et on écoute recueillis un God save the Queen du feu de Dieu. Et puis file à la buvette. AT, grand seigneur, nous
offre une boutanche de Möet, sous le regard réprobateur de sa fille. Nous essayons mais pas trop de lui dire que c'est trop gentil, qu'il faut pas et tout et tout, mais on est tout joyeux
quand la bouteille atterrit sur la table. Pschhiit font les bulles le long des parois des verres!
Là, c'est un bon moment. Un de plus. Je supplie Nezguich de m'aider à faire le papier de la course des pur-sangs arabes, mais il s'en tamponne le coquillard.
C'est un tort car c'est toujours les mêmes qui gagnent, ce qui simplifie la tâche du pronostiqueur. Je m'empêche de jouer Nayef Al Khalidia, et bien m'en prend puisqu'il finit dernier. Pour fêter
ça, j'invite les copains à se cotiser pour payer une autre bouteille et on remet ça au son de la cornemuse.
Et Gladiateur, le vengeur de Waterloo, qui les regarde, les chasse d'un souffle de ses puissants nasaux!
Et nous
voilà...
...magnifiques!
Le temps de s'immortaliser, et voici que sonne l'heure du Turf. Le coup facile, évident, de l'après midi. Stacelita, propriété du richissime trader Martin
Schwartz, qui s'offre des dadas à 350 000 comme vous une Swatch, va courir la suivante, le Prix de l'Opéra. Là, mes chéris, c'est caisse. D'ailleurs, il y a 2,5 contre 1. Oups, plus que 2.20! Pas
grave puisque c'est caisse, y'a qu'à poser. Dites donc, l'an passé elle a gagné le Diane, j'y étais.
C'est presque sans surprise que j'assiste à sa défaite. La simple évocation du coup caisse par votre serviteur rend son exécution impossible. J'y peux rien, c'est
comme magique. Je me plains pas, on était des centaines dans cette galère. Battu par une anglaise qui vit chez nous, encore pire, une de celles qui vous parle encore mieux français que vous mais
avec un accent à réveiller les volcans d'Auvergne. Même le belge s'est fait avoir. Soumillon; c'est lui qui la montait le coup d'avant. Je suppose qu'il avait le choix, non? Battue trois quart de
longueur, la Stacé.
Gaspard et Hypo prennent le couplé et nous rincent la dalle. Je tourne vers Nezguich des yeux implorants: "le tuyau de ta belle-soeur, celui qui avait sauvé ma
journée l'an passé, dis-le!"
Le scélérat a oublié de demander. Quel affront! Oser venir à Longchamp sans l'arme ultime du jeu en mutuel: le tuyau de la belle-soeur! Je suis abattu. Bride
abattue même. Il va falloir que je trouve moi même dans le gros handicap de la dernière. Les tribunes se sont clairsemées. Je plisse les yeux sur mon Paris Turf à moitié déchiré et moi aussi. Le
Crastus, pour avoir eu raison d'y avoir cru avec Planteur. Nezguich, soutenu par Hypo, je crois, joue Rento, un beau blanc.
La photo, c'est celle de l'an passé. Je crois que celui de la B.S était Farhan.
Mon Crastus finit 6ème, avec le Bosphore. Rento, nez au vent tout le parcours, finit dans la pampa. Un mot encore sur mon copain Crastus (je suis pas rancunier et
fidèle supporter). Il a été distancé pour gêne avec Planteur, et finit dernier de l'Arc. Quelques jours plus tard, on annoncera qu'il est remplacé par Soumillon pour monter les Wildenstein,
puissante écurie de groupe. Au moment où je vous écris, il gagne une ou deux courses par jour. Réaction d'orgueil? Ou bien il me lit. La gloire!
AT a dû partir. Nous errons sur l'hippodrome, râtissant au passage les dernières bières.
Ambiance de fin de fête. Et puis l'un d'entre nous a une idée...Et si on allait sur la piste!
On fonce direct, comme des fous. Nous enjambons les balustrades, nous sautons des haies, des clôtures et je ne sais quels autres obstacles. A moins que nous ne
franchissions un portillon, l'émotion m'égare! Nous sommes sur la piste.
L'herbe est épaisse, presque apétissante. nous apercevons du crottin. L'un d'entre nous affirme que c'est de Goldikova. J'hésite à en mettre dans les poches de
ma veste.
Nous vérifions la souplesse du terrain, annoncé très souple". En effet, c'est bien élastique, moelleux. Je retiens Bobby,qui, dans un élan aussi pur que fusionnel,
veut faire le test du pénétromètre. Gaspard, tel un Edouard de Rotschild échevelé organise subito une dixième course, sorte de "Qatar Arcade de Triomphe" (merci à maître Hypo pour cette blague
dont je me repaîs encore avec délice).
Cette épreuve réunit les meilleurs étalons de leur génération. Aucun pronostiqueur ne se risquerait à emettre un oracle dans une épreuve aussi indécise, et c'est au
terme d'une ligne droite de feu que Lord Nezguich s'impose d'une tête. Fabuleux! C'est un délire dans les travées, où les papiers gras s'entrechoquent avec les gobelets en plastique. Le retour
aux écuries est triomphal.
Nous y croisons Rento.
Il nous dit quelquechose mais nous ne comprenons pas à cause de sa muselière.
Nous accédons au carré VIP, y prélevons les dernières bibines avant fermeture. A une table proche, deux blacks en costards nous dévisagent. Nezguich écarte les bras
et s'écrie: "Willy, tu me remets?" S'ensuit une éffusion, brève parcequ'on est pas des tapettes. Il s'avère que Nenez' a rencontré ce Willy il y a dix ans, sur un hippodrome, et qu'il l'avait
aperçu mais pas recroisé depuis. Ce willy est un drôle de mec, passionné de courses et de musique. Il nous fait un mini show à base de "tu vois ce que je veux dire, il me donne leur gen-ar, ces
bouffons quand ils jouent Bekhabad, Workforce y avait que ça" ou autre "les keums ils me regardent de haut quand ils voient un petit renoi avec des dreads qui tchatche avec Peslier, mais moi
je touche parceque les bons tubes ils les file pas à ces caves" et il nous sort une grosse liasse de billets.
Encore un phénomène. Il a un site internet.Ici.
La nuit est tombée. Bobby a disparu, poursuivi par une anglaise furieuse. Sa silhouette s'évanouit dans les brumes du bois de Boulogne.
Les héros sont fatigués. Il est temps de rentrer. Nalex, devenu lad, nous passe au jet, puis nous remet dans le van avec une botte de...
...foin.
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